J’étais sur le point de finaliser ma chronique matinale pour mon blog, le clic de la souris sur la touche « envoi », quand la douce sérénade de mon portable envahit le bureau.

9h16. Le prénom d’Edgar s’affiche sur l’écran. Ouh là, bien trop matinal le fiston. Il doit avoir quelque chose de spécial à me demander, je ne vais pas y couper. Et je n’y coupe pas. « Allo m’man ? » « Oui ! » et tout en chuchotant « Si les flics t’appellent, tu dis que tu as bien un solex, noir ». « Je n’ai pas de solex j’ai mon vélo, rouge ». « Non maintenant tu as un solex, noir. » « Pourquoi tu chuchotes ? » « Ils perquisitionnent l’appart de mon pote, je te rappelle » « Mais de quoi tu me parles je… bip…zut, ça a coupé »

Un solex, ça existe encore ces engins ? Les flics, une perquisition… !. Et encore une petite sérénade. « Oui Edgar ! » « T’inquiète pas, c’est pas moi c’est mon pote ; il a piqué un vélo aux Sables et la propriétaire l’a reconnu et a porté plainte, d’où les flics. Et comme ton vélo rouge, on me l’a piqué aussi, j’ai pris un solex à la place, garé devant chez mon pote en ce moment, alors les flics m’ont demandé d’où je le sortais, j’ai dit qu’il était à toi. Ils vont t’appeler au bureau. » « Mais enfin, tu es dingue, quelle drôle d’histoire tu me racontes là . Mouais, tu me demandes de leur joue l’acte II de la scène III, et de leur mentir en prime…Franchement tu abuses, tu me prends pour ton pote ?.Une ombre passe sur mon visage. Je vais voir… oui Monsieur Durand, j’ai terminé le rapport… j’étais sur le point de l’imprimer» « Quoi ? » « Je te laisse, mon chef a tout entendu, il va m’envahir toute la matinée ». Il a déboulé dans mon bureau, les lunettes au bord du nez, la tête penchée pour que les yeux se calent à ma hauteur : « Encore au téléphone, privé bien entendu. Ca peut coûter cher…. Votre place par exemple, je vous attends dans mon bureau ! » « C’est ça va mourir vieux schnock ! »

J’ai eu droit au couplet interminable sur les droits et obligations des fonctionnaires, allongé d’une bonne dose moralisatrice avec du « Vous ne devriez pas prendre ce travail par-dessus la jambe ! ». « Mais je ne le prends pas par-dessus la jambe Monsieur, quand je suis là, je ne suis pas ailleurs ». Oh la belle lapalissade. Son envie est tellement évidente de me coincer pour me dénoncer qu’il est prêt à toutes les manipulations, et moi tellement écoeurée par l’énergumène que je me dois de lui tenir tête. Je remonte le son de la radio. « Respirez, vous êtes sur fip ! ». « !!!!!! ». C’est ça, je vais aller respirer en descendant le courrier. Au rez-de-chaussée, mon bon Marcel du bureau d’ordre fixe ses yeux sur mes gambettes a peine ai-je déroulé ma silhouette dans son antre. « Tu n’es pas en jupe aujourd’hui ? ». « Tu as vu le sale temps dehors ? Il fait un vent à décorner les boeufs ! » « Arrêêêête ! « Mets-toi en jupe ! que je lui dis. Et orsque tu sentiras le froid te courir le long des cuisses on rouvrira le débat ! » Il m’a regardée comme deux ronds de frites, interloqué, puis pris d’un fou rire. Contagieux. C’est ce qu’il me fallait. Une petite récré.